Esox lucius (limné, 1758)

Famille

Mensurations

Taille : 50 - 130 cm
Poids : 2 - 24 kg
Longevité : mâles : 10 - 15 ans, femelles : 20 - 30 ans

Reproduction

Maturite sexuelle : 1 - 2 ans chez les mâles, 3 - 4 ans chez les femelles
Priode reproduction : février-mai
Nombre d'ovocytes : 15 000 - 45 000/kg

Régime alimentaire

Alevin : zooplanctophage puis invertivore Adulte : carnivore à dominante piscivore

Migration

holobiotique

Contexte : "cyprinicole"


Caracteristiques morphologiques

Le corps du brochet est allongé, large au milieu et aminci à chaque extrémité. Il a une nageoire dorsale unique opposée à l’anale et très reculée en arrière des pelviennes. À l’arrière, il est équipé de puissantes nageoires propulsives qui en font un redoutable sprinter. Sa tête est large et aplatie, elle est trouée dessus et dessous de pores céphaliques, grâce auxquels il se repère dans l’espace et localise ses proies. La gueule du brochet est tapissée de quelque 700 dents assérées, dirigées vers l’arrière. En général, il a une couleur vert-brun et un ventre argenté. Cependant, il connaît de multiples variations de teinte selon le milieu où il évolue, cette capacité de mimétisme et sa forme hydrodynamique sont donc parfaitement adaptées à son mode de chasse à l’affût.

Habitat

Le brochet recherche des eaux transparentes et à couvert végétal dense. On le rencontre dans les cours d’eau à courants lents, à méandres riches en végétation aquatique, dans les plans d’eau, étangs, canaux et lacs et dans les annexes hydrauliques (zones humides alluviales, lit majeur inondable, bras morts, noues, etc.) indispensables à sa reproduction. On le trouve enfin dans les rivières salmonicoles au niveau des zones les plus lentiques, qui sont soit naturelles (élargissement et approfondissement du lit mineur associés à une faible pente des parties aval des cours d’eau), soit résultantes de l’artificialisation du milieu (biefs de barrages, fosses…). C’est un bon indicateur de la qualité de l’habitat puisque son comportement alimentaire (chasse à l’affût) nécessite des endroits très structurés, du point de vue de la végétation et des éléments naturels offrant des possibilités de caches (herbiers de plantes aquatiques, racines des arbres de la berge, souches et arbres submergés). Les « jeunes stades » sont aussi exigeants en terme d’habitat : la larve, tout d’abord fixée à la végétation, dépend totalement de la qualité physico-chimique de l’eau et de sa quantité (hauteur et durée de submersion des zones inondables) ; puis la survie des alevins mobiles est fonction de la couverture végétale, qui apporte abri et nutrition. Les adultes sont tolérants vis-à-vis de la salinité puisqu’on le trouve dans la mer Baltique (15°/°°).

Activite et alimentation

Durant leurs premiers jours, les alevins dépendent de la ressource en zooplancton. Ils se nourrissent ensuite de petits invertébrés benthiques et de larves d’insectes, et enfin d’alevins de cyprinidés. Si la nourriture vient à manquer, lorsqu’ils atteignent 5 à 8 centimètres, il est fréquent que les jeunes brochets se mangent entre eux. À ce stade, la croissance est très rapide, en raison de ses faibles dépenses énergétiques. Les cyprinidés constituent l’essentiel de ses proies, mais opportuniste, il consomme également des vers, des crustacés (écrevisses principalement), des grenouilles et, plus rarement, des petits rongeurs et des canetons. Il ne mange qu’à sa faim et digère lentement. Les gros sujets âgés mangent peu par rapport à leur poids. Le brochet chasse essentiellement de jour, à l’affût. Il choisit ses proies et les attaque toujours de la même façon. Il les repère notamment grâce à ses pores céphaliques, il capture sa proie par le travers puis la retourne et l’avale tête la première. Il capture de préférence les poissons affaiblis ou malades, participant ainsi à une régulation efficace des populations de cyprinidés.

Reproduction

En matière de support de frai, le brochet est un poisson exigeant. Il lui faut absolument de la végétation herbacée recouverte par 15 à 75 cm d’eau, avec une température de 8 à 12 °C. Le brochet utilise préférentiellement les prairies inondées (en particulier les prairies à carex, fauchées ou pâturées), les bras morts, les marais, à défaut et avec une efficacité moindre les rives des plans d’eau (espèce phytophile). La ponte est fractionnée sur 2 à 5 jours, assurant une meilleure dissémination des œufs, et fécondée par 3 à 5 mâles accompagnant chaque femelle. Les œufs adhèrent aux divers végétaux. La submersion doit donc être continue durant leur développement (phase d’incubation), puis durant la phase de résorption vitelline (130 degrés-jours) au cours de laquelle les alevins restent fixés sur le substrat. La frayère doit donc rester en eau pendant une durée de 1,5 à 2 mois.

Place peuplement

Le brochet est un prédateur de rang supérieur, et à ce titre, il contribue de manière efficace à l’équilibre des peuplements piscicoles, et d’une manière plus large, à l’équilibre des milieux aquatiques par la régulation des espèces planctophages.

Répartition

Le brochet est présent dans la plupart des grands cours d’eau du bassin ArtoisPicardie. Le brochet est très sensible à la qualité hydromorphologique des cours d’eau cyprinicoles (berges en pentes douces, connectivité avec les zones inondables). Cependant, les effectifs sont en net déclin et les densités en brochets adultes sont très en deçà des valeurs de référence, en lien avec la disparition et l’assèchement des zones humides.


Intérêt halieutique

Le brochet est d’une grande valeur halieutique. Il est très recherché, et la technicité de sa pêche passionne nombre de pêcheurs. Dans les régions de pisciculture, il est élevé de manière extensive pour la qualité de sa chair. Le développement du loisir-pêche encourage la mise en œuvre de mesures de sauvegarde, orientées principalement sur trois axes : - réhabilitation écologique des habitats et en particulier des frayères, - adéquation des prélèvements à l’état des stocks, - programmes rationnels de soutien des effectifs.

Menaces

Depuis les années 1970, l’assèchement des zones inondables (drains, digues…), la mise en culture céréalière des praires inondables, l’urbanisation croissante en bordure des rivières contribuent à la disparition des zones de reproduction du brochet. De même, la canalisation des rivières et les aménagements de berges par techniques « lourdes » limitent la survie et la pérennité de l’espèce dans notre région. En outre, la dégradation de la qualité physico-chimique de l’eau et notamment la contamination de l’ensemble de la chaîne trophique par les métaux lourds, les pesticides et autres PCB, fragilisent l’espèce, la rendant plus sensible à des pathologies (rhabdovirose et septicémie virale).

Saviez-vous ?

Poisson aux qualités morphologiques exceptionnelles, il est capable de se déplacer sur environs 80 km pour gagner des zones de reproduction propices (Henri Le Louarn et Eric Feunteun, CSP). Par ailleurs, il peut fondre sur ses proies à 50 km/h.

Statuts réglementaires

Statut liste rouge UICN. Monde : préoccupation mineure France : vulnérable Législation concernant l’espèce. Arrêté du 8 décembre 1988

Attribution des images: FNPF-Laurent Madelon.